Papier d’Arménie (4/4) – Musique et gastronomie

17 mars 2020
  • Récits & Carnets de voyage

A une culture musicale originale, l’Arménie associe des couleurs et saveurs ravissant les épicuriens. C’est à table et en musique que Lydie achève son récit de voyage.

Eminent représentant de l’art populaire arménien, le duduk est la flûte nationale, inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Sa sonorité plutôt nostalgique peut aussi être légère et joyeuse ; il traduit ainsi magnifiquement l’état d’esprit et l’humeur. Karen Hakobyan, musicien de renommée mondiale, mais aussi luthier, m’a présenté cet instrument. Il se décline – selon sa longueur, son diamètre, son embout, son diapason et le nombre de trous – en 5 familles : duduk, zurna, shvi, pku, bagpipe et blul (long wind flute). Le duduk est fabriqué dans du bois d’abricotier, facile à travailler et restituant un son très clair. La partie inférieure de l’arbre qui est sculptée puis bouillie pendant 3 heures pour éliminer toutes les impuretés. Il faut ensuite 7 ans de séchage du bois et au moins 36 heures de travail pour fabriquer un duduk. Les trous sont percés à l’aide d’un outil préalablement chauffé. L’intérieur du duduk est travaillé pour obtenir la tonalité exacte de chaque note. La hanche double est faite dans du roseau sur laquelle un dispositif fabriqué dans du bois de vigne permet de régler le son en régulant l’air. Les duduks les plus anciens datent des 5ème et 6ème siècles.

Sur un air de duduk, photo de Lydie en Arménie, juin 2019
Sur un air de duduk, photo de Lydie en Arménie, juin 2019

Un autre instrument très étonnant est le kanoun, arrivé en Arménie au 13ème siècle.  Proche du psaltérion occidental, de la forme d’un trapèze rectangle, il est de la famille des cithares sur table. Il faut de très longues années d’apprentissage pour le maîtriser. J’ai assisté lors d’un dîner à une représentation absolument étonnante donnée par deux jeunes femmes : chacune avait son kanoun posé sur les genoux, leurs mains glissant avec une très grande dextérité, légèreté et rapidité sur les 72 à 75 cordes horizontales groupées par trois. Il s’en dégageait une musique cristalline.

Sur un air de kanoun, photo de Lydie en Arménie, juin 2019
Sur un air de kanoun, photo de Lydie en Arménie, juin 2019

Dans mon assiette, la gastronomie arménienne déployait ses couleurs, saveurs et notes épicées. Certaines spécialités me rappellent celles de la Grèce, comme les dolmas, feuilles de vigne farcies de riz. Très vite la table disparaît sous les assiettes de crudités, puis arrivent le plat de viande et les légumes. Suivent des gâteaux ou fruits gorgés de soleil. Note finale de tout bon repas, le café arménien est bien sûr servi avec son marc, comme en Grèce et en Turquie.

Assiette arménienne, photo de Lydie en Arménie, juin 2019

Incontournable, le lavash est le fameux – au propre comme au figuré – pain arménien, dont la préparation traditionnelle m’a fascinée ! Tout se passe sur une dalle de pierre percée de 3 trous disposés en triangle : l’un accueille le foyer, les deux autres – beaucoup moins profonds – deux femmes assises. La première tâche est de préparer le foyer avec du bois sec puis de nettoyer la dalle. Le conduit de cheminée, dont l’embout est de la même circonférence que le foyer, est plus ou moins descendu pour obtenir la bonne température. Une fois celle-ci obtenue, les deux femmes prennent place.

La fabrication du lavash, photo de Lydie en Arménie, juin 2019
La fabrication du lavash, photo de Lydie en Arménie, juin 2019

La première étale la pâte pour lui donner une forme allongée, puis la passe d’un geste leste à sa voisine. Celle-ci la fait tourner très habilement au bout de sa main avant de l’ajuster sur une sorte de coussin épais et rectangulaire, tout en l’humectant d’eau. Elle plaque ensuite le coussin contre la paroi du foyer pour y déposer la pâte. Une fois cuite, celle-ci est vaporisée d’un peu d’eau pour lui conserver son moelleux. L’expertise et la synchronisation des gestes m’ont laissée ébahie. Quelle apparente facilité !

Voilà, mon récit de séjour en Arménie s’achève. Je laisse derrière moi un petit pays plein d’énergie, de projets, d’espoirs pour la jeune génération. Je souhaite vivement que les Arméniens puissent conjuguer développement économique et préservation de leurs valeurs et traditions. Enfin, je remercie mon guide de m’avoir fait rencontrer de belles personnes qui m’ont accueillie très chaleureusement et fait partager une partie de leur quotidien. Je leur souhaite une belle continuation et la réussite dans leurs engagements.

Lydie, le 9 septembre 2019

Papier d’Arménie (3/4) Art et souvenir

Couleurs et saveurs d’Arménie

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Sébastien

Sébastien, notre cher collègue est passionné de voyages et d’écriture, il contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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