Papier d’Arménie (3/4)

21 janvier 2020
  • Non classé

Outre un imposant patrimoine artistique d’inspiration religieuse, l’Arménie montre aussi une intense créativité profane. Sa capitale abrite pas moins de 40 musées, de nombreuses galeries d’art et des maisons dédiées au souvenir de peintres, musiciens, écrivains et autres artistes. La Cascade est la carte de visite de l’Erevan d’aujourd’hui. Sa succession de paliers met en valeur une collection d’œuvres contemporaines, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la structure desservie par des escalators. Débutée dans les années 70, sa construction fut un temps interrompue, avant de reprendre en 2000 grâce à l’aide d’un généreux mécène américain d’origine arménienne. On trouve notamment sur la Cascade le Centre Aznavour, premier projet culturel de la Fondation Aznavour. Celle-ci fut fondée en 2016 par Charles Aznavour et son fils Nicolas, qui poursuivaient ainsi leurs activités philanthropiques débutées au lendemain du tremblement de terre de 1988. La Fondation soutient les personnes les plus fragiles et des programmes éducatifs, sociaux et culturels. Le Centre Aznavour abrite par exemple un musée technologique et interactif, ainsi qu’un centre éducatif et culturel pour la jeunesse.

La Cascade à Erevan. Photo : Sevak Mn
La Cascade à Erevan. Photo : Sevak Mn

Le Maténadaran, ou Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens, est l’un des plus riches dépôts de manuscrits et autres documents au monde. Il abrite environ 20 000 manuscrits, dont 4 000 écrits en hébreu, grec, latin, arabe, éthiopien, syriaque, hindou, égyptien, russe, et bien sûr des trésors de culture antique et médiévale d’Arménie. Le plus imposant, en peau de veau, pèse 28 kilos ! Il s’agit de l’Homéliaire de Mouch, sauvé du génocide par deux femmes qui le divisèrent en deux. Une partie fut confiée à la cathédrale d’Etchmiadzine, l’autre enterrée à Kars, où elle fut retrouvée par un officier russe. Le plus petit manuscrit pèse 19 grammes. C’est un calendrier liturgique confectionné à partir d’un foetus d’agneau !

Le Matenadaran, Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens, Erevan, juin 2019
Le Matenadaran, Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens, Erevan, juin 2019

En arménien classique, « maténadaran » signifie bibliothèque. L’histoire de cette institution remonte à 405 avec la création du maténadaran d’Etchmiadzine et de l’alphabet arménien (36 lettres) par le moine Mesrop Machtots. L’écriture devint un pilier de l’Eglise, de la langue et de l’identité arméniennes. Plusieurs monastères possédaient leur propre maténadaran. Inscrit aujourd’hui au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, l’Institut Machtots est donc un lieu essentiel de la mémoire nationale. Les pigments utilisés dans les monastères pour illustrer les manuscrits y sont exposés. Le bleu provenait du lapis-lazuli, le rouge de la cochenille (insecte), le jaune de feuilles d’or collées avec du jus d’ail ou du pollen. L’encre des manuscrits était fabriquée à partir de brou de noix. Tous ces pigments étaient appliqués à l’aide d’une plume de roseau. Une autre salle présente des herbes et onguents, dont un élixir royal aux 54 composants curatifs !

Entrée du Matenadaran, Erevan, juin 2019
Entrée du Matenadaran, Erevan, juin 2019

Le Centre d’Art Populaire Hovhannès Charambeyan est un autre musée incontournable, qui offre à nos yeux émerveillés le meilleur de l’art arménien ancien et contemporain : sculptures et objets en bois, pierre ou métal, broderies et dentelles savamment ouvragées, tapisseries et céramiques, objets décoratifs ou du quotidien en argent, œuvres picturales… Des oeuvres d’art du musée Dilidjan des traditions et de l’histoire locale sont aussi régulièrement exposées en Europe, Russie, Iran, Syrie et Chine.

Enfin, Il faut visiter sur sa colline le très imposant mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, le Tsitsernakaberd (« Fort aux hirondelles »). Débutée en 1965, sa construction s’acheva en 1968.

Le Tsitsernakaberd, mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, Erevan, juin 2019
Le Tsitsernakaberd, mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, Erevan, juin 2019

Au pied d’une pointe de granit de 44 mètres de hauteur symbolisant la renaissance arménienne, douze stèles encerclent une flamme éternelle.

Le Tsitsernakaberd, mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, Erevan. Photo : Amir Kh
Le Tsitsernakaberd, mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, Erevan. Photo : Amir Kh

Un mur de 100 mètres de long perpétue le souvenir des villages où furent commis des massacres.  On trouve aussi une « forêt » de sapins plantés là par des hommes politiques du monde entier depuis des décennies. Le musée souterrain n’ouvrit au public qu’en 1995. Ses salles spacieuses sont magnifiquement pensées pour prendre la mesure de la tragédie.

Lydie, le 9 septembre 2019

Couleurs et saveurs d’Arménie

Sébastien

Sébastien, passionné de voyages et d’écriture, contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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