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90 ans de griserie automobile au Québec

28 août 2020
  • Nord Espaces a testé pour vous…

La Gaspésie est une vaste péninsule au sud-est de la Belle Province. La Route 132 en fait le tour entre mer et montagnes, boucle parfaite de 885 km à laquelle le Guide Vert Michelin attribue 3 étoiles. La R-132 est par ailleurs la plus longue route québécoise, reliant Dundee, près de la frontière avec les Etats-Unis, à Gaspé, plus grande ville du berceau du Canada.

Une région touristique depuis le XIXe siècle

La Gaspésie est presque entièrement entourée d’eau salée, bordée au nord par l’estuaire du Saint-Laurent, à l’est par le golfe du Saint-Laurent et au sud par la baie des Chaleurs. Grandement influencé par le relief, son climat est généralement classé comme boréal, avec des hivers froids et secs (-10°C en moyenne en janvier) et des étés doux (parfois plus de 20°C). Si sa culture emprunte à une multitude de peuples, c’est d’abord sa généreuse nature qui séduisit. L’élite politique et financière d’Amérique du Nord y pratiqua la chasse et la pêche sportive dès le milieu du XIXe siècle. Les familles aisées suivirent pour leurs vacances estivales, d’abord en bateau, puis en train quand le chemin de fer désenclava totalement la péninsule en 1911. L’achèvement de la Route 6 (aujourd’hui Route 132) en 1929 renforça de façon décisive l’accessibilité touristique de la Gaspésie, surtout au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, époque en Amérique du Nord d’une relative prospérité économique, d’essor de l’automobile, de démocratisation des loisirs et des voyages.

Joseph Huard, fabricant de bateaux miniatures dans la baie des Chaleurs, 1943
Joseph Huard, fabricant de bateaux miniatures dans la baie des Chaleurs, 1943

Dans les années 1930 et 40, les citadins voyaient la péninsule comme une nature préservée de l’urbanisation et de l’industrie, un Canada authentique sur le plan culturel, par ailleurs propice à la griserie automobile, l’expérience des sens et la contemplation. Le rocher Percé, îlot aux falaises escarpées vieux de plus de 375 millions d’années, était déjà le symbole de cette immuabilité. Les figures du pêcheur bravant chaque jour la mer, de la femme filant au rouet ou cuisant le pain au four extérieur étaient aussi souvent évoquées. Je savais d’un précédent voyage que la péninsule est aujourd’hui au diapason de la modernité, et qu’il me restait beaucoup à découvrir, tant l’ancienne carte postale a toujours sa part de vérité, tant les cinq régions de la Gaspésie ont à offrir au visiteur curieux. Un nouveau tour s’imposait donc à l’approche des 90 ans de la R-132. Toujours au départ de Sainte-Flavie, « Porte d’entrée de la Gaspésie » et nœud de la boucle routière. Mais cette fois, cap au sud !

La vallée de la Matapédia

Creusée dans les monts Chic-Chocs à l’ouest de la péninsule, « la Vallée » est la seule région gaspésienne privée d’accès à la mer. C’est un havre agricole et forestier couvert en grande partie de sapins et d’épinettes, un immense espace comptant à peine plus de 20 000 habitants ! La Vallée est connue des pêcheurs de toute l’Amérique du Nord pour ses quelque 200 lacs et nombreuses rivières, riches en saumons de l’Atlantique. La rivière Matapédia alimente deux grands lacs, vestiges de l’époque glaciaire.

Confluence des rivières Matapédia et Restigouche par Marjolaine B.
Confluence des rivières Matapédia et Restigouche par Marjolaine B.

Je fais le plein de sirop dans une érablière, plantation d’érables à sucre, arbre dont la feuille orne le drapeau du Canada. Puis je m’arrête quelques minutes au carrefour des Routes 132 et 195 à Amqui. Ce mot micmac signifie « Là où l’on s’amuse », les Amérindiens se réunissant autrefois à cet endroit pour leurs pow-wows, évènements festifs et religieux. A Amqui, deux ponts couverts bravent le temps et les intempéries : le Beauséjour d’une belle couleur sang de bœuf et celui des Anses-Saint-Jean, utilisé depuis 1931. Plus loin, je visite à Causapscal le site historique Matamajaw, unique en son genre au Québec, où je découvre la pêche sportive telle qu’elle était pratiquée dans un club privé au début du vingtième siècle. Près de la ville de Matapédia, je rejoins les guides de Nature Aventure et je plonge en combinaison, avec masque et tuba, dans les fosses de la rivière Assemetquagan. Quel plaisir d’y observer les saumons, puis de se laisser porter par le courant !

Construction de la membrure d’un canot d’écorce, camp Mi’kmaq, Matapédia (?), QC (?), vers 1870, Alexander Henderson, Sels d’argent sur papier monté sur carton – Papier albuminé – 11.7 x 19.1 cm

Une fois réchauffé, je descends en canoë la rivière Matapédia, au bord de laquelle veille un pygargue à tête blanche… A Matapédia commence aussi le Sentier international des Appalaches, ou GR-A1, premier sentier de Grande Randonnée en Amérique du Nord. Long de 650 km, il traverse la Vallée, la réserve faunique de Matane, le parc national de la Gaspésie via les monts Chic-Chocs et McGerrigle, puis longe le golfe du Saint-Laurent jusqu’au parc national Forillon. C’est un itinéraire propice à l’observation des orignaux, des baleines et de nombreuses espèces d’oiseaux, que l’on me conseille particulièrement en automne, quand les paysages gaspésiens se teintent graduellement de toutes les nuances de rouge, de jaune et d’orangé.

La Baie-des-Chaleurs

Membre du Club des plus belles baies du monde, la baie des Chaleurs sépare la Gaspésie du Nouveau-Brunswick. Elle bénéficie comme son nom l’indique d’un microclimat, au point que la température de l’eau à Bonaventure dépasse parfois les 22°C !

La baie des Chaleurs vue depuis le Mont Saint-Joseph par Félix Mathieu-Bégin
La baie des Chaleurs vue depuis le Mont Saint-Joseph par Félix Mathieu-Bégin

La région est aussi très riche sur le plan culturel. Le 8 juillet 1760, la baie fut le théâtre du dernier affrontement naval entre Français et Britanniques pour la maîtrise de la Nouvelle-France. Parmi bien d’autres objets, le Lieu historique national de la Bataille-de-la- Ristigouche met en scène les vestiges d’une frégate française. A Nouvelle, le parc national de Miguasha raconte lui le passage de la vie marine à la vie terrestre à l’époque du Dévonien, il y a 380 millions d’années. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO pour sa falaise fossilifère particulièrement prodigue : la collection nationale du parc compte pas moins de 13 000 fossiles, souvent remarquablement conservés. Parmi ceux-ci, un Elpistostege watsoni complet, espèce de poisson à nageoires charnues d’une importance capitale en biologie évolutive. Tout au long du XXe siècle, ce fossile fit référence dans les scenarii de l’évolution pour illustrer la transition de la nageoire à la patte. A Bonaventure, le Musée acadien du Québec témoigne certes d’une déportation tragique, mais aussi d’un héritage culturel bien vivant, célébré le 15 août lors de la fête nationale de l’Acadie.

Carleton-sur-Mer par Dennis Jarvis
Carleton-sur-Mer par Dennis Jarvis

Après avoir soupé d’une poutine – frites, fromage cheddar en grains et « sauce brune » – près de la rivière Bonaventure, je m’endors en forêt dans un éco-logis sur pilotis. De bonne heure le lendemain, je lève des casiers à homards à bord de L’Omirlou ! Suivent des manœuvres et une collation en mer. D’avril à septembre, le bateau pratique aussi la pêche commerciale aux harengs, maquereaux, crabes communs, plies, ainsi que la pêche sportive aux flétans. L’aventure gastronomique se poursuit à la ferme d’élevage de yack Bos G, avec un burger goûteux et presque diététique… Laine, peau et lait sont aussi commercialisés. Le Site historique du Banc-de-Pêche-de-Paspébiac mérite lui aussi une visite, ne serait-ce que pour voir le plus grand édifice en bois d’Amérique du Nord, construit à la fin des années 1840.

La Pointe

La chaîne des Appalaches donne son caractère tourmenté et souvent vertigineux au relief de La Pointe, baignant par ailleurs dans le golfe du Saint-Laurent. Le Magasin Général Historique Authentique, situé du côté de l’Anse-à-Beaufils, tout juste à l’ouest du village de Percé, est la reconstitution d’un établissement de la compagnie Robin, Jones and Whitman, originaire des îles Jersey. Ses boiseries de chêne, ses antiquités et marchandises racontent la vie des pêcheurs et le fonctionnement du commerce triangulaire de la morue en 1928.

L'église et le Rocher de Percé par Laubrau
L’église et le Rocher de Percé par Laubrau

A une toute autre échelle temporelle, le nouveau Géoparc mondial UNESCO de Percé (2018) présente 500 millions d’années d’histoire géologique, des paysages marins tout en falaises, îles, plages et baies. Pas moins de 23 sites y sont mis en valeur : un trou sans fond, une crevasse, une grotte, etc. Je m’attarde longuement sur la plateforme vitrée suspendue à 200 m de hauteur, qui donne un autre point de vue sur Percé et son fameux rocher. Puis je me lance sur la tyrolienne à flanc de montagne avant de redescendre au village. La faune et la flore du Géoparc sont aussi d’une remarquable diversité. La colonie de fous de Bassan sur l’île Bonaventure, célèbre pour être la plus accessible au monde, compte plus de 116 000 oiseaux. Pêcheur émérite de 1,8 m d’envergure à l’âge adulte, le fou de Bassan peut détecter un poisson à une trentaine de mètres dans les airs, puis atteindre les 100 km/h en piqué ! Je flâne ensuite un moment parmi les devantures colorées des boutiques, ateliers et restaurants de Percé.

Fous de Bassan sur l'île Bonaventure par Maria Azzurra Mugnai
Fous de Bassan sur l’île Bonaventure par Maria Azzurra Mugnai

A environ 80 km, on trouve Gaspé, la plus grande ville de la péninsule avec 14 568 habitants. C’est là que Jacques Cartier prit possession, au nom de François 1er, des terres qui seront nommées plus tard « Canada ». Au Musée de la Gaspésie, l’exposition permanente Le grand large conte une histoire iodée en s’appuyant sur quinze voiliers, des drakkars vikings aux Gaspésiennes, en passant par les canots de haute mer micmacs. Authentique bateau de pêche à la morue, la Gaspésienne n°20 trône près de l’entrée de juin à octobre, au bord de la baie de Gaspé. A la plage de Cap-aux-Os, je me glisse dans un kayak de mer pour observer de près une colonie de phoques gris et communs. Une croisière de 2h30 permet aussi d’observer les oiseaux marins et certaines des six espèces de baleines répertoriées dans ces eaux, dont la baleine bleue, le rorqual commun, le rorqual à bosse et le petit rorqual. Je me remets de mes émotions sur le sentier Les Graves. A Cap-Gaspé, appelé autrefois Gespeg (« Fin des terres » en micmac), je pique-nique au pied du phare, regrettant juste de ne pas avoir de jumelles. Perchée sur le « toit de Forillon », la tour du mont Saint-Alban offre aussi une vue époustouflante sur le golfe du Saint-Laurent, la baie de Gaspé et la chaîne des Appalaches plongeant dans la mer.

Le cap Gaspé au Parc national Forillon par jockrutherford
Le cap Gaspé au Parc national Forillon par jockrutherford

La forêt abrite orignaux, ours noirs, castors et porcs-épics… Non loin, le Site d’Interprétation Micmac de Gespeg m’initie à la culture et à l’histoire de la communauté autochtone de Gaspé. Et un peu plus au nord, le Site Historique de Pointe-à-la-Renommée conserve l’un des 14 phares de la région. Le tout premier y fut installé en 1880 à la suite de nombreux naufrages. L’endroit accueillit aussi en 1904 la première radio maritime d’Amérique du Nord, installée par Marconi. Particulièrement photogénique, le phare actuel est dit « voyageur » car, abandonné puis déplacé en 1977 dans le port de Québec, il retrouva son emplacement d’origine 20 ans plus tard grâce à la mobilisation locale.

La Haute-Gaspésie

Le phare rouge de La Martre est lui aussi très beau avec sa structure octogonale en bois aux côtés inclinés. Construit en 1906, il a conservé son système d’horlogerie permettant la rotation du module d’éclairage. Tout près, de nombreux sites paléo-indiens témoignent d’une occupation humaine il y a environ 9 000 ans. Entre littoral et falaises, la Route 132 me mène par de nombreux lacets au Parc national de la Gaspésie, comptant 25 sommets de plus de 1 000 m d’altitude et 140 km de sentiers. Si j’aperçois un orignal et des cerfs de Virginie sur le sentier menant au sommet du mont Ernest-Laforce, le caribou de la Gaspésie ne se montre pas. On rencontre plus fréquemment cette espèce menacée de disparition – par la déforestation et la prédation du coyote – au sommet du mont Jacques-Cartier, le plus haut du Québec méridional (1 270 m).

Le Parc national de la Gaspésie par Miléna Aragon Bio
Le Parc national de la Gaspésie par Miléna Aragon Bio

Au parc aquarium Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, je taquine du doigt des crabes communs, oursins, étoiles et concombres de mer. Ce n’est pas encore le cas des fragiles vedettes de l’exposition Requins : 100 millions de morts. Elles aussi peuplent le Saint-Laurent. Mystères sous les vagues montre pour sa part des facettes méconnues et insolites de cet écosystème omniprésent, avec des développements sur les biotechnologies marines, la pêche et la mariculture. A l’attention des restaurants et des poissonneries sensibles à la préservation du Saint-Laurent, Exploramer a aussi créé la certification « Fourchette bleue ». Elle vise à diversifier la consommation de produits de la mer pour réduire la surpêche de certaines espèces. Retour en forêt dans la boutique Couleur Chocolat où mes papilles apprennent à distinguer l’essence du sapin de celle du myrique baumier. Sans aucun complexe, car il en faut de l’énergie pour, à Eole Cap-Chat, monter presque au sommet de la plus grande éolienne à axe vertical au monde (100 m…).

La Côte

On pratique aussi l’art de la synthèse succulente à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs, où je dîne de côtes d’agneau nourri aux algues, tendres et persillées. A 55 km au sud de Cap-Chat, isolé à 615 m d’altitude dans la réserve faunique de Matane, l’établissement est un rêve de trappeur fortuné : 36 hôtes maximum, un grand confort sans télévision dans les chambres, des galeries et grandes fenêtres donnant sur des sommets dénudés, la chute Hélène et des arbres à perte de vue.

La réserve faunique de Matane vue depuis le sommet du Mont Pointu par Félix Mathieu-Bégin
La réserve faunique de Matane vue depuis le sommet du Mont Pointu par Félix Mathieu-Bégin

Une belle journée au grand air commence par une randonnée guidée dans les hautes fougères de la forêt dense, une sapinière aux bouleaux jaunes, puis la toundra alpine tapissée de mousses et de lichens. On me propose ensuite un vélo tout-terrain à assistance électrique. Je lui préfère une grande planche et une pagaie pour m’essayer au surf debout sur le lac Bardey, expérience joyeuse et rafraîchissante… En hiver, les amateurs pratiquent le ski de haute route (hybride de ski alpin et de fond) et le ski hok (à mi-chemin de la raquette et du ski), idéaux dans la poudreuse en l’absence de toute remontée mécanique. De quoi approcher en silence les orignaux, dont la réserve a la plus grande concentration au kilomètre carré du Québec. Des tours permettent aussi d’observer ce cervidé pesant jusqu’à 700 kg ! Toujours fidèle à la R-132, je poursuis ma route jusqu’à Grand-Métis. Un arrêt s’impose en effet aux Jardins de Métis, lieu historique national du Canada et site patrimonial du Québec. Ses milliers de variétés de plantes, dont les fameux azalées et pavots bleus de l’Himalaya, sont répartis dans une quinzaine de jardins à l’anglaise. La Villa Estevan entretient le souvenir d’Elsie Reford, qui créa ce lieu enchanteur dès 1926, à plusieurs centaines de kilomètres de la première pépinière.

Fleur de pavot bleu de l'Himalaya, emblème des Jardins de Métis, par Gachepi
Fleur de pavot bleu de l’Himalaya, emblème des Jardins de Métis, par Gachepi

Le bâtiment d’intérêt historique abrite aussi un restaurant où le chef lauréat Or du Canada Good Food Innovation Award, Pierre-Olivier Ferry, nous fait découvrir une cuisine axée sur plus de 150 végétaux comestibles issus de la collection horticole des Jardins. La mise en bouche vedette est la cuillère de floraison qui me permet de goûter le moment présent : une bouchée d’une quinzaine de plantes ! Suit un omble chevalier au beurre de verveine, consommé de homard et allium. Poésie gaspésienne qui ne me console pas de bientôt boucler la boucle à Sainte-Flavie.

Fille du Saint-Laurent aux magiques contours,

C’est un pays de monts, de coteaux pittoresques,

Où les rochers, flanqués de parois gigantesques,

Voisinent la montagne aux gracieux détours.

Blanche Lamontagne-Beauregard, Ma Gaspésie, 1928

Qu’il est magique, aujourd’hui comme hier, de rouler au coucher du soleil entre le Saint-Laurent et les Appalaches ! Fidèle au meilleur de sa légende, la Gaspésie contemporaine séduit aussi par la qualité de ses hébergements, de sa gastronomie et de son offre culturelle. La Route 132 n’a pas fini de faire rêver…

Sébastien

Coucher de soleil sur le Rocher Percé par Michel Villeneuve
Coucher de soleil sur le Rocher Percé par Michel Villeneuve

Québec, terre des contrastes

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Sébastien, passionné de voyages et d’écriture, contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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