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L’Ostrobotnie, une Finlande maritime (2/2)

27 avril 2020
  • Récits & Carnets de voyage

Après Kokkola et l’île de Tankar, l’Ostrobotnie me dévoile sa forêt boréale, Vaasa ville ensoleillée et l’archipel de Kvarken distingué par l’UNESCO. La Finlande a tant à offrir en été. 

Un sauna en forêt boréale

L’habitat en dehors des agglomérations est très dispersé, avec des maisons, grandes fermes et granges en bois couleur jaune d’œuf, lie de vin ou vert bouteille. Les paysans d’ici avaient la chance de pouvoir exploiter la forêt, cultiver ou pêcher selon les opportunités du moment. L’urbanisation n’a pas coupé la population de ses racines rurales. De nombreuses familles gagnent ainsi dès que possible leur chalet en pleine nature, indissociable en été d’un sauna, d’un lac et d’une barque, en hiver de nombreuses activités. Mais à l’instar des Moumines, gentils trolls à tête d’hippopotame de la littérature enfantine, c’est bien en été que les Finlandais s’épanouissent vraiment.

Chalet avec vue en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Chalet avec vue en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Au bout d’un chemin de terre serpentant sur plusieurs kilomètres, la forêt s’ouvre sur un lac au bord duquel une dizaine de chalets hôteliers sont plantés sur pilotis au milieu des arbres. A quatre mètres du sol, le vent et les chants d’oiseaux troublent à peine le silence.

Mon chalet dans les arbres en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Mon chalet dans les arbres en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces

On nous dit avoir pour voisins des rennes, des élans et un ours aperçu récemment à deux petits kilomètres. Et qu’il y a de plus en plus de loups en Finlande… Au dîner, nos hôtes sont intarissables en histoires naturelles.

Une île lacustre et boisée en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Une île lacustre et boisée en Finlande. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Des barques invitent à rejoindre les petites îles boisées, mais je leur préfère des allers-retours entre le sauna et le lac, garantie d’un vivifiant choc thermique ! Le mot « sauna » désigne une petite cabane en bois ou une pièce, dans laquelle on prend un bain de chaleur sèche, comprise généralement entre 70°C et 100°C. Cette pratique non mixte est en Finlande une tradition sociale et familiale depuis plus de 2 000 ans. Le sauna est équipé d’un poêle à bois ou électrique pour le chauffage de pierres. Une fois celles-ci portées à haute température, on verse dessus une louche d’eau pour produire de la vapeur. Une serviette est posée entre le banc et la peau pour absorber la sueur et protéger de la chaleur du bois. Sauf contre-indication médicale, refuser une invitation au sauna peut être mal perçu, tout comme le port non hygiénique d’un maillot de bain, la nudité étant perçue dans ce contexte comme naturelle et surtout plus saine. Il faut avoir l’accord de tous les participants avant d’ajouter de l’eau sur les pierres…

Sauna flottant à Vaasa. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Vaasa, phénix côtier

A 120 km au sud de Kokkola, Vaasa fut fondée en 1606. La ville la plus ensoleillée de Finlande, ceinturée de lacs, baies et presqu’îles, est en outre à l’abri d’un bel archipel. Elle compte une forte proportion de suédophones. Excepté la grande maison de Falander et l’église de Korsholm, il ne reste presque rien de l’ancienne Vaasa, détruite par un incendie en 1852. La nouvelle ville fut construite en pierre à 7 km de l’emplacement initial, en tenant compte du recul de la mer lié à l’isostasie. Durant la guerre civile, c’est à Vaasa que le général Mannerheim établit son quartier général, à 45 miles marins de la Suède…

L'église de Korsholm à Vaasa par Matias Ericsson.
L’église de Korsholm à Vaasa par Matias Ericsson.

La ville est aujourd’hui très dynamique. Son pôle industriel dans le domaine de l’énergie est par exemple le premier des pays nordiques. Chaque année, l’organisation de 500 évènements fait écho à une intense vie étudiante. A cette effervescence, nous préférons la visite du musée en plein air Brage, où une douzaine de maisons illustrent les traditions paysannes et l’habitat rural des régions suédophones au XIXème siècle. La chambre nuptiale ostrobotnienne du bâtiment principal est richement décorée. On trouve aussi un espace consacré à la chasse aux phoques et un ancien sauna de fumée. De nombreuses animations célèbrent ici le temps jadis et le passage des saisons. A la Sainte-Lucie par exemple, une jeune fille élue, parée d’une couronne de bougies, marche devant une procession de femmes, toutes vêtues de blanc et d’une ceinture de tissu rouge.

L’art du bien-manger en Ostrobotnie

La tradition a aussi du bon à table. Je pense notamment au rieska à la farine d’orge et au rössypotut, un fromage pané et frit. L’Ostrobotnie est bien sûr influencée par la Suède. Le janssonin kiusaus (janssons frestelse en suédois ou « tentation de Jansson ») est un plat de pommes de terre et d’anchois cuits au four. Le pyttipannu est un sauté de pommes de terre et de jambon.

A table ! Photo : Sébastien de Nord Espaces
A table ! Photo : Sébastien de Nord Espaces

Les viandes de renne, élan et ours brun sont aussi servies dans certains restaurants. Le parfum subtil et puissant du goudron végétal se marie bien avec le hareng ou le miel. Et la Finlande est le pays des baies, sauvages ou cultivées. A l’automne, les étals débordent de lakka – plaquebière ressemblant à une framboise jaune au goût particulier, qui orne aussi la pièce de 2 € finlandaise – et de baies d’argousier, de myrtilles et d’airelles, de groseilles et de champignons. Les baies polaires sont très appréciées, servies à la crème ou avec de la glace à la vanille. Les Finlandais boivent beaucoup de café, mais on trouve aussi d’excellentes bières, liqueurs ou vodkas finlandaises… Si le vin est de plus en plus apprécié, le vignoble de Sundom Wine à Vaasa y est pour quelque chose. Situé à 400 km du cercle polaire, il est peut-être le plus septentrional du monde ! La neige protégeant les sarments du froid, le viticulteur craint plus un soleil excessif au printemps et les étés trop courts.

L’archipel béni de Kvarken

Considérant son mode de vie, je comprends qu’Eija me parle souvent d’écologie. Un matin, nous embarquons sur son petit voilier en bois pour naviguer deux jours entiers entre des îles sauvages. Nous profitons ainsi pleinement de l’extraordinaire liberté de circulation dans la nature garantie par le droit coutumier. L’archipel de Kvarken est inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO.

L'archipel de Kvarken près de Vaasa. Photo : Sébastien de Nord Espaces
L’archipel de Kvarken près de Vaasa. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Ses 5 600 îles et îlots se distinguent par leurs moraines de Geer – à crêtes bosselées – formées par la fonte de la nappe de glace continentale. Depuis cette époque, le relèvement est ici de l’ordre de 285 m, ce qui correspond au « rebond » manifeste le plus important jamais observé. La superficie des terres émergées de l’archipel de Kvarken augmente ainsi chaque année de 1 km2. Vers l’an 4 500, une langue de terre reliera probablement la Finlande à la Suède… En attendant, l’archipel est aussi réputé pour l’observation des oiseaux, notamment le guillemot à miroir, le petit pingouin, le grand labbe, le rare fuligule milouinan et bien sûr le grand aigle de mer. On y trouve aussi seize familles de plantes endémiques aux côtes de la Baltique. Eija tire des bords entre des îles de basse altitude et d’imposants champs de blocs rocheux, avant de mouiller dans des baies peu profondes. Les terres les plus proches du continent sont plantées de nombreux chalets, qui accueillent les fins de semaine estivales une part significative de la population de Vaasa.

Maison secondaire de l'archipel de Kvarken. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Maison secondaire de l’archipel de Kvarken. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Plus loin en mer, on ne trouve plus pour l’essentiel que des maisons forestières, des cabanes et quelques grands phares. La tour Saltkaret offre du haut de ses vingt mètres un point de vue unique. Il arrive parfois qu’Eija et moi restions silencieux près d’une heure, comme cela est courant en Finlande. Dans le golfe où les eaux douce et salée se mêlent, on trouve des salmonidés de belle taille. Les brochets, perches et gardons se reproduisent dans les eaux chaudes et peu profondes. Au grand désarroi des pêcheurs, ils sont très appréciés du phoque marbré et de son cousin gris, ce dernier pesant parfois plus de 300 kg. En hiver, la banquise permet leur reproduction et… la circulation automobile jusqu’aux îles proches de la côte. A certains endroits exposés au vent, la neige s’accumule jusqu’à six mètres de hauteur !

L'archipel de Kvarken près de Vaasa. Photo : Sébastien de Nord Espaces
L’archipel de Kvarken près de Vaasa. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Eija, dont le bateau est depuis longtemps remisé, aime alors patiner sous les aurores boréales. De l’autre côté du golfe de Botnie, en Suède, l’archipel de la Haute Côte fait l’objet du même classement par l’UNESCO. Il offre des paysages accidentés de hautes îles, rivages escarpés, falaises lisses et criques profondes. Un autre voyage…

Merci encore, Eija, pour ce bel aperçu de l’art de vivre sous le soleil de minuit en Ostrobotnie.

Un hôtel dans la forêt boréale. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Un hôtel dans la forêt boréale. Photo : Sébastien de Nord Espaces

L’Ostrobotnie, une Finlande maritime (1/2)

La Finlande en été

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Sébastien

Sébastien, passionné de voyages et d’écriture, contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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Sébastien, passionné de voyages et d’écriture, contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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