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L’Ostrobotnie, une Finlande maritime (1/2)

23 avril 2020
  • Récits & Carnets de voyage

En ville comme à la campagne, en mer Baltique et dans la forêt boréale, la Finlande se distingue en été par son art de vivre en communion avec la nature. Les villes de Kokkola et Vaasa donnent accès aux archipels préservés de sa côte occidentale, en partie classés par l’UNESCO.

L’isostasie d’une jeune nation

Pays d’Europe orientale, la Finlande est aussi l’un des plus septentrionaux du globe. Que le ciel, la forêt et l’eau soient les thèmes principaux de sa littérature n’étonne pas le visiteur. Je suis au pays des aurores boréales et du soleil de minuit, où plus de 70 % du territoire est couvert de pins, sapins et bouleaux, où 188 000 lacs et une longue façade maritime s’offrent à la villégiature. A l’ouest, un bras de la mer Baltique sépare pour quelques millénaires encore le sud de la Finlande de la Suède. Je suis précisément en Ostrobotnie, sur une côte résolument plate et parsemée de moraines, souvenirs de la dernière glaciation. La fin de celle-ci il y a environ 10 000 ans explique un phénomène géologique très marqué dans la région : l’isostasie. La terre, longtemps comprimée par le poids de glaciers d’une épaisseur de 3 km, se relève depuis leur disparition, de nos jours encore jusqu’à 8 mm par an ! De nouvelles îles émergent ou s’unissent, la côte du golfe de Botnie avance, le paysage change sensiblement pendant le temps d’une vie d’homme. La montée des eaux imputable au réchauffement climatique s’envisage ici différemment…

Coucher de soleil sur le golfe de Botnie par Johan
Coucher de soleil sur le golfe de Botnie par Johan from Turku / Åbo from Ostrobothnia

L’Histoire est ici comme ailleurs fille de la Géographie. La Finlande fut une province du Royaume de Suède entre le XIVème et le début du XIXème siècle, puis un grand-duché de l’Empire russe entre 1809 et 1917. De nombreux monuments aux morts rappellent les guerres récurrentes entre ces trop puissants voisins, qui firent souvent de la Finlande leur champ de bataille. Le grand-duché bénéficia d’une large autonomie, au point de résister aux tentatives de russification et de donner, dès 1906, le droit de vote aux hommes comme aux femmes, assorti du droit pour celles-ci de se présenter aux élections nationales. Soit onze ans avant l’indépendance, arrachée pendant la Révolution d’Octobre ! S’ensuivit une guerre civile de quatre mois opposant les Rouges (pro soviétiques) à la garde civile des Bancs de Carl Gustaf Mannerheim. Cette dernière l’emporta. Entre 1939 et 1944, la Suède apporta un soutien décisif à la Finlande dans ses guerres contre l’URSS. Le suédois reste la langue maternelle de 5,5 % des Finlandais, de nombreuses villes étant encore désignées par leur nom suédois. Les panneaux routiers sont alors écrits dans les deux langues.

Une rue du Neristan à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Une rue du Neristan à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Ma guide ostrobotnienne a les cheveux blonds mi longs, des pommettes hautes, des yeux bleus, un loup tatoué sur l’omoplate gauche et, en ce début juin, encore un teint de porcelaine. Eija n’est ni slave, ni scandinave, mais je constaterai bientôt qu’elle partage avec ces derniers le respect des règles, une fiabilité et un sens de l’organisation remarquables. Le tout agrémenté d’une bonne dose d’autodérision… Elle me conduit de l’aéroport à notre première étape : Kokkola.

Quand le goudron prenait la mer à Kokkola

A égale distance d’Helsinki et du Cercle arctique, Kokkola est depuis sa fondation en 1620 un port commercial dynamique. Les marins et artisans habitaient autrefois la vieille ville en bois de Neristan (« Ville Basse »), qui garde le souvenir d’éprouvantes traversées au long cours. Conséquence de nombreux incendies, la plupart des maisons ne datent que du XIXème siècle. Comme le quartier est très recherché, elles sont presque toutes habitées, certaines conservant encore un curieux double rétroviseur permettant à leurs occupants de voir les passants sans être vus…

Une maison du Neristan à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Une maison du Neristan à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces

L’Oppistan (« Ville Haute »), où vivaient les amateurs et riches marchands, abrite les bâtiments publics et les plus belles maisons. Des musées me donnent une idée du mode de vie de la grande bourgeoisie locale aux XVIIIème et XIXème siècles. Produit d’une société aujourd’hui très égalitaire, elle-même réservée et d’une grande modestie, Eija apprécie peu cet urbanisme différencié et l’étalage des richesses.

C’est d’abord le goudron qui fit la prospérité et l’intérêt stratégique de Kokkola. La production et le commerce de goudron végétal furent longtemps un pan majeur des économies d’Europe du Nord. Visqueux et collant, de couleur noire, il est obtenu depuis au moins l’an 200 en Suède par carbonisation du pin à l’abri de l’air (pyrolyse), puis distillation. Doté de propriétés asséchantes et antiseptiques, il était principalement utilisé pour la préservation du bois des bateaux et le calfatage des coques.

Canonnière prise à la Royal Navy exposée à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Canonnière prise à la Royal Navy exposée à Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces

La Royal Navy en fut ainsi la plus grande consommatrice. Qui se souvient, chez nous, de cet épisode septentrional de la guerre de Crimée, quand la France et l’Angleterre attaquèrent le grand-duché russe de Finlande en 1854 ? Une petite canonnière en entretient le souvenir dans le Parc Anglais de Kokkola. Elle est considérée comme la seule en son genre – prise à la Royal Navy en temps de guerre – à être exposée dans le monde. Et pas prête d’être restituée, malgré de nombreuses requêtes officielles… Jusqu’au XVIIIème siècle, le goudron transitait obligatoirement par Stockholm. Une fois ce monopole aboli, le port et les commerçants de Kokkola purent échanger directement avec l’étranger, au bénéfice de toute la région. La demande en goudron déclina bien sûr avec la généralisation des coques en acier vers 1915, même s’il fut encore utilisé pour le traitement des poteaux télégraphiques en bois.

Port de plaisance près de Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces
Port de plaisance près de Kokkola. Photo : Sébastien de Nord Espaces

La Couronne suédoise créa dès 1522 un chantier naval sur la côte orientale du golfe de Botnie. Cette industrie, prolongement naturel du commerce du goudron, contribua à faire de Kokkola la ville la plus riche de Finlande dans les dernières années du XVIIème siècle. L’industrie nautique locale témoigne aujourd’hui de l’excellence finlandaise en matière d’architecture et de design. La région est, par exemple, le berceau des constructeurs Nord Star, Finn-Marin et Sarins Båtar, susceptibles de livrer des yachts d’une grande technicité et personnalisables, au point de faire venir récemment un artiste-peintre de Nouvelle-Zélande à la demande d’un client…

Le port du yacht club de Kokkola sous le soleil de minuit. Photo : Sébastien de Nord Espaces

Nous dînons à la très bonne table du yacht club de Kokkola, fondé en 1872. Tout près, la chaleur de l’été rend encore perceptible l’odeur du goudron végétal employé autrefois pour le calfatage.

Au pied du phare de Tankar

Le lendemain matin, j’embarque avec Eija sur le M/S Jenny qui, de début juin à fin août, se rend quotidiennement à l’île de Tankar. Sortie des eaux à environ 15 km de ce qui sera le port de Kokkola, elle fut longtemps une base arrière pour la pêche et la chasse aux phoques. J’apprends au musée local que celle-ci est pratiquée en Finlande depuis plus de 5 000 ans. Nous nous promenons dans cette zone Natura 2000 d’une vingtaine d’hectares, sous le vol des harles huppés, sternes arctiques et grands cormorans. Nous ne voyons malheureusement pas de pygargue à queue blanche, autrement appelé grand aigle de mer. C’est l’oiseau de Kokkola, comme son cousin à tête blanche est l’emblème des Etats-Unis.

L'île de Tankar par Mats Svenfelt
L’île de Tankar par Mats Svenfelt

Le célèbre phare rouge et blanc était l’un des plus puissants au monde lors de sa mise en service en 1899. Il est entouré de chalets traditionnels toujours habités. Nous goûtons dans l’un d’eux la soupe au saumon et l’atmosphère chaleureuse d’un restaurant familial. Bien après le dîner, le soleil couchant irradie ciel et mer avant de rebondir, facétieux, sur l’horizon. Déboussolé par le soleil de minuit, c’est tôt le matin que je m’endors dans l’ancienne maison du gardien de phare. Quelques heures plus tard, le vent du nord retarde un peu notre retour sur le continent, où nous troquons l’immensité marine pour celle de la forêt boréale.

A suivre…

L’Ostrobotnie, une Finlande maritime (2/2)

La Finlande en été

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Sébastien

Sébastien, passionné de voyages et d’écriture, contribue notamment à la communication de Nord Espaces.

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