Femmes des pôles : leçon de survie sur l’île Wrangel

14 août 2018
  • Culture & Géo / Alerte TV
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En Russie, une croisière dans le détroit de Béring et en mer de Sibérie orientale dévoile la façade maritime de la Tchoukotka. Notamment l’île Wrangel, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, accessible alors pendant trois jours si la météo est favorable. Descendre à terre à Port Dragi est l’occasion d’évoquer le naufrage du Karluk – les rescapés y furent secourus – et la belle figure d’Ada Blackjack (1898-1983). L’île doit son nom à un explorateur russe, le baron Ferdinand von Wrangel (1797-1870). Après avoir observé des oiseaux volant vers le nord et interrogé la population tchouktche….

il entreprit trois voyages successifs – le premier en 1821 – pour tenter de la découvrir, mais en vain. L’île fut néanmoins baptisée en son honneur par le baleinier américain Thomas Long, qui en fit officiellement la découverte en 1867. Un peu plus petite que la Corse, elle est escarpée, ceinte d’une enveloppe de glace une bonne partie de l’année et battue par les vents. Les Etats-Unis la revendiquèrent en 1881, la Russie l’annexa en 1914.

 

Au début du XXème siècle, l’exploration polaire attisait les convoitises d’entrepreneurs peu recommandables. Envisageant de surcroît une colonisation à grande échelle des territoires du Nord, Vilhjalmur Stefansson monta en 1913 une expédition à destination du pôle. Parti en juin de Colombie-Britannique, le Karluk fut stoppé par les glaces quatre mois plus tard à proximité de l’île de Flaxman, sur la côte nord de l’Alaska. Le chef de mission Stefansson rejoignit alors le continent par la banquise, abandonnant le navire à son sort. La dérive emporta le Karluk plein ouest, au-delà du détroit de Béring, jusqu’à sa dislocation et la mort d’une partie de l’équipage aux marges de l’île Wrangel.

 

 

 

 

 

 

Quelques années plus tard, la guerre civile russe (1917-1923) offrit à Stefansson l’opportunité de contester la souveraineté de l’île Wrangel. Le 23 juin 1921, il déposa les statuts de l’Arctic Exploration and Development Company au greffe de Nome, en Alaska. Sous-financée, sa nouvelle expédition reposait sur les épaules de quatre jeunes hommes pour certains inexpérimentés – dont un Canadien et un rescapé du Karluk –, lui-même n’étant pas du voyage… Stefansson comptait aussi sur la participation de plusieurs représentants d’un peuple autochtone, les Iñupiat, pour pallier les carences du quatuor de base. Mais seule une femme de 23 ans répondit à son appel, pour une durée de six mois maximum et à la condition expresse d’être bientôt rejointe par un ou deux autres Iñupiat. Ada Blackjack proposait ses talents de couturière. Jusque-là, ce petit bout de femme de 1,50 mètre n’avait guère eu d’occasions de se réjouir. A Nome, déracinée très jeune au sein d’une mission méthodiste, elle était tombée sous la coupe d’un mari violent qui, un beau matin, l’abandonna avec son fils. Âgé de 5 ans en 1921, ce dernier était tuberculeux et pensionnaire d’un orphelinat.

 

 

 

 

Au terme d’une traversée éprouvante de quatorze jours, le Silver Wave arriva à l’île Wrangel le 16 septembre 1921. Les « colons » plantèrent le drapeau britannique (le Canada étant un dominion de l’Empire…) et enterrèrent au pied du mât une proclamation officielle dans une bouteille. Ada était bien la seule Iñupiate du groupe, et, qui plus est, la seule femme. Tenue à distance, marginalisée, elle cousait, raccommodait, initiait ses compagnons à l’usage de parkas en peau de caribou et de moufles en peau de lemming, lavait les vêtements, faisait le ménage, coupait et entassait du bois, confectionnait le pain… Chasseresse, elle renouvelait aussi les réserves en vivres frais. Pas une mince affaire, même si l’île Wrangel est riche d’une quarantaine d’espèces endémiques de flore et de faune. Les ours blancs s’y reproduisent où vécurent les derniers mammouths.

 

 

 

En 1922, l’état de la banquise repoussa d’un an la récupération prévue en été. Les relations d’Ada avec ses voisins d’infortune se tendirent. Une fugue de plusieurs jours fut sanctionnée par son ligotage la nuit et une bonne partie de la journée, de peur qu’elle ne récidive. En janvier 1923, trois des quatre hommes tentèrent de rejoindre le continent, éloigné de 140 kilomètres, par la banquise. On n’entendit plus jamais parler d’eux. Ada assura la survie du quatrième, atteint du scorbut, jusqu’au décès de celui-ci en juin 1923. Récupérée in extremis en août 1923, la « Robinson en jupons » fit l’objet d’une campagne diffamatoire pour discréditer son témoignage…

L’île Wrangel, abandonnée à la fin de la période soviétique, n’abrite plus aujourd’hui qu’une petite station météorologique et une poignée de scientifiques russes passionnés, qui occupent l’ancien village en ruine près de l’aérodrome militaire.

 

 

Femmes des pôles – Dix aventurières en quête d’absolu, excellent livre de Benoît Heimermann paru aux Editions Paulsen en 2015 , retrace parmi d’autres destins exceptionnels celui d’Ada Blackjack.

Par Sébastien

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